Urbanisme transitionnel : comment trouver le juste prix du bien-être ?
In fine, cette démarche d’évaluation décentralisée et partagée doit permette de discuter collectivement de la valeur des expérimentations urbaines. Notre hypothèse est que les projets d’urbanisme transitionnel produisent davantage d’externalités positives (lien social, participation citoyenne, requalification, apprentissage, réemploi, promotion des circuits courts, résilience urbaine, etc.) que d’externalités négatives (gentrification, précarisation des acteurs, etc.). Afin que ces expérimentations urbaines ne se réduisent pas à de simples « compensateurs d’externalités » mais se pérennisent et fassent durablement transition, il est essentiel qu’elles puissent réinternaliser au sein même de leur modèle économique la valeur des externalités produites. La démarche d’évaluation des externalités doit donc être couplée à une démarche de quantification et de qualification de la valeur sociale. Cette orientation est défendue par des acteurs comme le
Labo de l’ESS ou
l’atelier d’urbanisme Approches. Mais elle est particulièrement complexe, car elle implique non seulement de négocier la valeur entre différents partenaires (les parties prenantes contributrices, les bénéficiaires, les financeurs), mais aussi de fixer un prix à des réalités « hors marché ». Les questions sont nombreuses : comment estimer monétairement des biens, des produits et des services sociaux, économiques ou environnementaux développés sur le mode de la coopération, du libre et de l’open source ? Comment valoriser économiquement des biens dont les caractéristiques d’
indivisibilité, de non-rivalité, de non-excluabilité, les rendent semblables aux biens publics et par conséquent irréductibles au statut de marchandise ? Quel est le juste prix de la solidarité, des savoirs, du lien social, de la préservation de l’environnement ou du bien-être ? En réponse à ces problématiques, des solutions sont actuellement expérimentées. Évoquons notamment la notion de «
paiement pour services écosystémiques » (PSE) dont le principe repose sur «
l’idée d’un paiement (récompense, dédommagement) effectué par ceux qui bénéficient des services fournis par les écosystèmes à ceux qui en assurent le maintien ». La Commission européenne réfléchit aussi à la mise en œuvre d’un dispositif qui permettrait de rémunérer les agriculteurs qui protègent et valorisent l’environnement. Cet instrument novateur pourrait être étendu aux activités socio-économiques et environnementales des projets d’urbanisme transitionnel.